Lynn Doughane

L’impact du conflit Ukraine-Russie sur les marchés financiers

Cela fait plus d’un mois que le monde s’est réveillé avec la nouvelle d’une attaque russe en Ukraine. Nous avons assisté non seulement à des dommages incalculables en termes de vies humaines, de capital humain et d’infrastructures, mais également à une instabilité au sein des marchés financiers.

Les marchés ont tendance à réagir aux risques géopolitiques, les économistes de la Réserve fédérale américaine Dario Caldara et Matteo Iacoviello ont donc récemment construit un indice de risque géopolitique (GPR) pour pouvoir comparer les événements à différents moments. Cet indice est basé sur des rapports en temps réel dans les nouvelles portant sur les menaces de guerre, les menaces terroristes, les renforcements militaires, les menaces nucléaires, les actes de terreur, les débuts de guerre, les escalades, etc.

Nous pouvons observer ci-dessous les données quotidiennes, qui remontent à plus de 40 ans. Les pics les plus remarquables soulignent respectivement la guerre du Golfe de 1991, l’événement du 11 septembre 2001, le début de la guerre en Irak en mars 2003, les attentats de Londres de juillet 2005, et maintenant l’invasion de l’Ukraine. Cependant, il est estimé que nous n’avons toujours pas atteint le niveau de risque géopolitique que nous avons connu au lendemain du 11 septembre 2001.

Figure 1 : L’indice de risque géopolitique

Il a été démontré qu’un risque géopolitique élevé augmente l’incertitude des investisseurs, ce qui entraîne une baisse des cours des actions et d’autres actifs financiers. La corrélation avec l’incertitude du marché boursier est particulièrement claire dans le graphique ci-dessous, qui compare le GPR à l’indicateur VIX de la volatilité du marché boursier, parfois appelé « la jauge de peur » par les intervenants de marché.

Le GPR quotidien est représenté en orange, tandis que les deux autres versions qui suivent le risque de menace et les actes géopolitiques sont représentées respectivement en rouge et en vert. Essentiellement, tous ces indices ont évolué dans la même direction. Comme nous pouvons l’observer, ces indices et le VIX ont augmenté en novembre après que les images satellites aient montré pour la première fois l’accumulation de troupes russes à la frontière avec l’Ukraine. Les autres pics correspondent au 26 janvier, date de la réponse écrite de l’OTAN aux Russes, et au début de l’invasion le 24 février.

Figure 2 : Risque géopolitique et volatilité des marchés boursiers

La flambée des matières premières

Ce sont les marchés de l’énergie et du pétrole en particulier qui réagissent au risque géopolitique. Étant donné l’importance considérable de la Russie en tant qu’exportateurs de pétrole, les prix de l’énergie ont été particulièrement affectés par cette guerre. Le baril de Brent se négocie actuellement à environ 116 USD (88 £), alors qu’il avait dépassé les 130 USD il y a quelques semaines. Cela aura un impact sur tout, allant des flux de trésorerie des entreprises aux prix de l’essence pour les consommateurs, créant une pression inflationniste qui contribue à provoquer des récessions.

La Russie et l’Ukraine étant également de grands exportateurs de nombreux autres produits de base importants tels que le blé, le gaz de néon, le palladium et l’huile de tournesol, leurs prix ont également grimpé en flèche – et ils sont destinés à continuer à augmenter en raison des sanctions occidentales.

Figure 3 : Comparaison des prix des matières premières et des actifs depuis l’invasion

En revanche, les « safe haven » en période de volatilité se portent bien. Le prix de l’or est de nouveau en hausse après sa remarquable remontée dans les premiers mois de la pandémie. Le bitcoin et d’autres cryptomonnaies pourraient en profiter puisqu’ils constituent un éventuel moyen pour les Russes de contourner les sanctions.

 

Marchés boursiers

La réaction des marchés boursiers à la guerre est plus complexe, étant donné que différents marchés sont plus ou moins exposés à différentes matières premières que d’autres. Ils ont également différents niveaux d’exposition au marché boursier russe.

À partir de données remontant à 1985, les pays européens sont plus corrélés au marché russe et plus vulnérable. Par exemple, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont une corrélation de 0,45, 0,42 et 0,47 avec la Russie, où 1 signifierait qu’ils évoluent au même rythme et zéro qu’ils ne s’influencent pas du tout. Les États-Unis, en revanche, ont une corrélation de 0,26, tandis que celle de la Chine, fait intéressant, n’est que de 0,1. Tout cela correspond globalement aux performances des différents marchés boursiers depuis l’invasion, comme nous pouvons l’observer dans la figure ci-dessous.

Figure 4 : Comparaison des marchés boursiers

Enfin, qu’en est-il des différents types d’entreprises ? Différents secteurs ont enregistré des performances très différentes au début de cette crise. Les entreprises du secteur de l’énergie se sont très bien comportées, par exemple (tout comme les fabricants d’armes). Les entreprises qui vendent des produits de consommation courante ou des produits de consommation plus discrétionnaires, allant de l’équipement Hi-Fi aux billets de cinéma, ont été perdantes dans la crainte que les consommateurs aient moins à dépenser en raison de l’inflation des produits de base.

Figure 5 : Comparaison par secteur

Certes, il peut y avoir des gagnants à court terme, mais l’interconnexion des économies, le poids des sanctions et les coûts de l’incertitude accrue finiront par impacter tous les marchés. Cela affectera les budgets des ménages, les salaires et aussi les pensions, quel que soit le résultat final, qui reste largement imprévisible.