Olivier Kénol

Finance Montréal : un pilier du développement économique du Québec

Introduction

La semaine dernière, j’ai eu la chance de rencontrer Jacques Deforges le CEO de Finance Montréal, la grappe financière du Québec. L’objectif de cette rencontre était de discuter de l’évolution de l’organisation en plus d’en apprendre davantage sur le domaine de la finance durable ; un domaine qui prend rapidement de l’expansion partout à travers le monde. J’aimerais remercier monsieur Deforges d’avoir accepté de partager son expertise avec PolyFinances et rendu possible l’écriture de cet article.

Tout d’abord, qu’est-ce que Finance Montréal ?

Comme mentionné précédemment, Finance Montréal est une grappe industrielle ; plus concrètement, c’est une organisation à but non lucratif (OBNL) rassemblant toutes les grandes institutions présentes au Québec dans le but de développer l’industrie de la finance dans la province. Cette organisation âgée d’une dizaine d’années est actuellement composée d’une vingtaine d’employés se divisant en quatre pôles d’activités.  

Le centre financier international (CFI) est le plus ancien domaine d’expertise de l’organisation et a pour objectif de convaincre des entreprises étrangères de venir s’établir à Montréal. Ce secteur d’activité a précédé l’arrivée de la grappe financière puisqu’il aide et accompagne des institutions étrangères depuis près de 25 ans. Puisque les décisions d’implantation à l’étranger sont extrêmement stratégiques pour les entreprises, le CFI est essentiel au développement économique de la métropole et nécessite de longues discussions ardues avec des compagnies siégeant aux quatre coins du monde. La capacité de Finance Montréal d’attirer des compagnies étrangères au Québec témoigne de l’expertise de ses membres en plus de mettre en évidence les belles perspectives d’avenir que détient la province.  

Le second domaine d’activité dans lequel Finance Montréal a le plus d’expérience est celui de la fintech (les technologies appliquées à la finance). En effet, la grappe industrielle montréalaise organise chaque année la plus grande conférence fintech au Canada. Dû à l’arrivée de la Covid 19, l’événement n’a pas pu avoir lieu l’année dernière ; cependant, l’organisation lancera la 9e édition de la conférence cette année. Finance Montréal opère également une station fintech : un lieu de développement pour les startups du domaine des technologies appliquées à la finance. Composée actuellement de 25 jeunes pousses, la station fintech aide ces entreprises à prendre de l’expansion en les mettant en contact avec des sociétés financières établies.

Le 3e secteur d’activité le plus développé de la grappe financière est dans le domaine de la finance durable. L’année dernière, Finance Montréal a lancé la première édition de son grand sommet sur la finance durable, qui a connu beaucoup de succès. Étant donnée la rapidité avec laquelle la pratique des investissements d’impact prend de l’expansion, la deuxième édition de l’événement, qui se déroulera au mois de mai, connaitra sans aucun doute un aussi grand succès que la première. De plus, Finance Montréal a récemment réussi à convaincre l’International Sustainability Standards Board (ISSB) de venir s’installer dans la métropole québécoise. L’ISSB est membre de l’International Financial Reporting Standards Foundation (IFRS), une organisation ayant pour objectif de standardiser les normes utilisées dans le domaine de l’investissement responsable à travers le monde. Cette décision stratégique de l’organisation de venir s’établir à Montréal démontre que la métropole est une ville novatrice dans le domaine financier en Amérique du Nord.

Enfin, le 4e secteur d’activité de Finance Montréal est le développement de la main-d’œuvre, aussi connu sous le nom du « pôle talent ».  Bien qu’il soit pour le moment moins développé que les autres, ce pôle est celui qui évolue le plus rapidement. L’organisation est consciente que l’avenir de la finance au Québec repose sur les ressources humaines de la province et elle détermine les actions à prendre dans le but de développer celles-ci.

En résumé, Finance Montréal est l’endroit où toute l’expertise en finance converge dans le but de promouvoir le développement économique de la province du Québec.

La standardisation : un défi auquel fait face le domaine de la finance durable 

Comme toute activité en émergence, il n’y a pas encore de consensus sur les méthodes et pratiques utilisées dans le domaine de la finance durable. Il existe actuellement plusieurs standards différents à travers le monde pour mesurer la performance ESG et ceux-ci sont de plus en plus régulés et suivis par des institutions tels que l’Autorité des marchés financiers (AMF). Bien qu’il y ait parfois des abus dans ce que les institutions qualifient d’investissement responsable, les grands émetteurs sont conscients du risque d’être accusés de faire du « brainwashing » et des effets néfastes que cela aurait sur la réputation de leur entreprise. Actuellement, les critères ESG demeurent assez flous, mais seront de plus en plus encadrés dans le futur grâce aux efforts des institutions comme l’ISSB qui vise des rapports financiers standardisés pour pouvoir facilement comparer des sociétés de partout à travers le monde en matière d’impact sur l’environnement et les communautés.

Bien qu’il existe des indicateurs fournis par des entreprises comme Bloomberg et MSCI, les indicateurs utilisés dans le domaine de la finance durable sont très techniques et nécessitent beaucoup de recherches pour obtenir une vue d’ensemble des différents critères ESG d’une entreprise. En effet, il faut une base comparative pour pouvoir peindre correctement le portrait des sociétés. Un bon exemple serait de comparer une entreprise manufacturière qui externalise ses services de livraison à une entreprise similaire ayant sa propre flotte de camions et responsable elle-même d’acheminer sa marchandise à ses clients. Sur papier, l’entreprise faisant affaire avec un sous-traitant aura un bilan carbone moins élevé que l’autre alors que ce ne soit pas nécessairement le cas si l’on considère toutes les activités nécessaires à la satisfaction du client.

La complexité de la standardisation du domaine de la finance responsable découle du fait que les données primaires déclarées par les entreprises ne permettent pas de comprendre tous les impacts des opérations menées par ces dernières. Avec la sophistication constante des technologies, il existera de plus en plus d’analyses colligeant plusieurs ensembles de données dans le but d’arriver à des conclusions plus exactes et de mieux comprendre les portraits ESG des entreprises à travers le monde.

 

La place de l’investissement responsable au Québec

Selon le classement de l’International Global Green Finance Index 7 (GGFI 7), Montréal est le 3e centre financier le plus avancé en Amérique du Nord en matière de finance durable après San Francisco et Los Angeles. L’ambition de Finance Montréal est d’un jour faire de la ville le centre financier le plus développé en matière de finance durable en Amérique du Nord. L’arrivée de l’ISSB sur le territoire démontre que Montréal offre un écosystème financier de classe mondial où l’intérêt pour le domaine des stratégies d’investissement d’impact grandit rapidement.

Réalisant que la finance responsable est la finance de demain, les fonds de pension ont été les premiers à considérer les critères ESG dans leurs décisions d’investissement. Actuellement, la Caisse de Dépôt et Placement du Québec (CDPQ) a intégré les facteurs ESG dans toutes leurs philosophies de gestion ; des stratégies d’investissements au calcul des bonus des gestionnaires de portefeuilles, la performance ESG demeure une variable importante dans le modèle d’affaires de la CDPQ. À la vitesse à laquelle évolue la tendance, il est possible d’anticiper que la majorité des organisations de gestion d’actifs intégreront bientôt des concepts de la finance durable dans toutes leurs stratégies.

Bien qu’il n’existe aucune preuve de corrélation négative entre l’intégration des facteurs ESG et les retours des portefeuilles d’actions, un mythe très répandu est que l’intégration des facteurs ESG aux stratégies d’investissement se fait au sacrifice des rendements. De nos jours, la population du monde entier est de plus en plus sensibilisée aux impacts qu’ont les activités commerciales sur l’environnement et les communautés ; c’est pour cette raison qu’un nombre grandissant d’investisseurs s’intéresse aux produits de la finance durable et veut investir dans des fonds considérant des indicateurs ESG dans la gestion de leurs portefeuilles.

Bien qu’il existe des stratégies utilisant les critères ESG comme facteurs d’exclusion, la finance durable vise généralement à accompagner et encadrer le changement des stratégies des entreprises de tous les secteurs d’activités. En effet, de plus en plus de fonds d’investissement se concentrent sur l’utilisation des indicateurs ESG en aval ; c’est-à-dire que les organisations de gestion d’actifs aident les entreprises à établir des stratégies de développement durable et utilisent les variations des facteurs ESG dans le but de mesurer l’impact réel de leurs implications.