Uriel Manseau-Pérez

Les produits dérivés climatiques

Qu’est-ce qu’un produit dérivé climatique ?

Il s’agit d’un instrument financier, au même titre qu’une action, une obligation ou une option, qui a comme objectif de protéger les entreprises et les particuliers des pertes causées par des événements climatiques.

 

Concrètement, comment ça marche ?

Ce genre de contrat s’échange gré à gré, ou plus communément appelé Over The Counter. Le vendeur s’engage donc à supporter le risque climatique sous-jacent, en échange d’une prime, payée par l’acheteur. Une analogie simple est de les comparer avec des assurances. Le vendeur (l’assureur) s’engage à verser le montant entendu à l’acheteur (l’assuré) si l’événement spécifié se produit ou bien si l’assuré souffre des pertes reliées à l’événement climatique.

L’utilisation des produits dérivés climatiques s’inscrit majoritairement dans le cadre d’une stratégie de gestion de risque pour une entreprise. Voici quelques exemples d’industries dans lesquelles des acteurs pourraient tirer avantage de ces produits :

  1. Le secteur de l’agriculture

Les agriculteurs peuvent utiliser ce genre de produit pour se protéger de différents risques climatiques. Ils peuvent en faire usage pour compenser les pertes reliées à une pauvre saison de récolte causée par la sécheresse, une saison des pluies trop intense, des changements de température trop drastiques ou bien des vents destructeurs.

 2. Le tourisme et transport

Des hôteliers peuvent se servir de dérivés climatiques pour compenser les pertes causées par des conditions météorologiques non favorables pour les touristes. De cette façon, les hôteliers pourraient générer des revenus venant de ces produits même s’il y a une baisse du volume de touristes.

 3. Le secteur de l’énergie

Une compagnie d’énergie renouvelable qui possède des parcs éoliens dans plusieurs zones géographiques du monde peut profiter grandement de l’utilisation de ces produits. La compagnie pourrait acheter des contrats qui la protègerait au cas où le vent nécessaire pour atteindre le point mort de ces opérations dans un certain parc ne soit pas au rendez-vous.

 

Pourquoi les compagnies et particuliers utiliseraient ce genre de produits alors que des assurances existent ?

Les dérivés climatiques ont des similarités avec les assurances, mais il est important de souligner l’élément principal qui les différencie. Les assurances couvrent les risques reliés à des événements extrêmes, c’est-à-dire à faible probabilité, tandis que les dérivés climatiques couvrent plus tôt les risques liés à des événements à haute probabilité. Par exemple, les assurances ne couvriront pas les pertes d’un hôtelier à la suite d’un été plus froid que d’habitude, mais il est possible d’utiliser les dérivés climatiques pour se protéger d’un tel événement.

 

Les indices, la base des produits dérivés climatiques

Dans le cadre des produits dérivés climatiques, des exemples d’indices pertinents peuvent être :

  • La quantité totale de pluie tombée pour une période et zone géographique spécifique
  • Le nombre de fois que la température est passée sous 0 pour une période et zone géographique spécifique
  • La quantité totale de neige tombée pour une période et zone géographique

 

Un exemple concret : le calcul de l’indice HDD (Heating Degree Day)

Ci-dessous, nous allons procéder étape par étape pour calculer la valeur nominale d’un produit dérivé (contrat) basé sur la température couvrant une période de 10 jours. Le HDD est très utile pour calculer/prévoir la demande en énergie nécessaire pour chauffer les bâtiments. Posons l’équation suivante :

où :

  • x : Valeur nominale du contrat ($USD)
  • 20 : Facteur multiplicatif standard pour calculer la valeur nominale d’un produit dérivé basé sur la température
  • K : Température de base pour le calcul du HDD*
  • zi : Température moyenne du jour i
  • yi : Différence entre la température de base et la température moyenne du jour i.
  • n : Le nombre de jours pour la période étudiée

* Pour notre exemple, nous allons utiliser la température de base standard utilisée aux États-Unis, soit 65 degrés Fahrenheit.

Donc dans notre cas, n = 10 et K = 65.

Supposons la série de données suivantes :

Pour cette période de 10 jours, nous obtenons la valeur nominale du contrat HDD :

𝑥 = 20 ∗ 88 = 1760$

Il est ainsi facile de comprendre que la valeur d’un contrat de type HDD augmente avec des températures froides. Il existe également l’opposé du HDD, le CDD (Cooling Degree Day) qui reflète plutôt la quantité d’énergie nécessaire pour rafraîchir les bâtiments.

La pertinence de ce genre de produit sur les marchés financiers est de plus en plus évidente. Certes, l’utilisation de ces outils reste encore une pratique relativement marginale pour la majorité des entreprises. Cependant, avec l’avènement des changements climatiques qui causent des sécheresses, des précipitations extrêmes ou bien encore l’augmentation du niveau de l’eau, il ne serait pas surprenant de voir la popularité de cet instrument financier monter dans les prochaines années.

Références

ESG And Climate Derivatives in Equity Exposure Management, MSCI, Lien web: https://www.msci.com/www/research-paper/esg-and-climate-derivatives-in/02631033346

Heating Degree Days, Climate Atlas. Lien web: https://climateatlas.ca/map/canada/hdd_2060_85#lat=54.52&lng=-81.37

Units And Calculator Explained – Degree Days, U.S. Energy Information Administration. Lien web:  https://www.eia.gov/energyexplained/units-and-calculators/degree-days.php