Léo Lamy-Laliberté

Une introduction au prix du carbone et comment y naviguer à titre d’investisseur

Jamais auparavant avons-nous été confrontés à un défi aussi considérable que les changements climatiques. Les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) doivent être réduites à un niveau pratiquement nul d’ici 2050 pour avoir une chance de ne pas dépasser une augmentation des températures de 2° à celui des niveaux préindustriels. Plus nous approchons de ce seuil, plus les risques de vivre des scénarios catastrophiques à l’échelle mondiale se concrétisentLe temps est venu de s’investir vers un changement radical. Et pour ce faire, l’approche économique en est une éminente. 

Figure 1: McKinsey Global Institute. Climate risk and response. Physical hazards and socioeconomic impacts. 2020

Pourquoi mettre un prix sur le carbone

Au final, il n’est question que de chimie. Le dioxyde de carbone et tous les autres composés organiques faisant pencher la balance du réchauffement climatique contiennent le fameux «C» dans leur formule chimique. Après combustion, ces gaz se retrouvent dans l’atmosphère où une partie des radiations est absorbée et renvoyée vers la Terre, c’est l’effet de serre. 

La raison pourquoi il est question de carbone quand vient le temps de suivre les niveaux de pollution et non de PPM ou de kg de méthane, est qu’il sert de devise, d’une sorte de comparatif. Sachant que les GES sont composés de multiples composés, pour les comptabiliser et surtout pour comparer les différentes émissions, la tonne de CO2 équivalent est utilisée. Sachant qu’une tonne de méthane est environ 28 fois plus nocive pour l’environnement qu’une tonne de CO2. Alors, la tonne de méthane équivaut à 28t de CO2 équivalent

Assez parlé de chimie.

Les mécanismes de contrôle, un lexique

Maintenant capables de bien comptabiliser nos émissions, les décideurs ont plusieurs outils afin de les limiter et d’ultimement contrôler les niveaux de pollution. Deux grandes classes d’outils sont disponibles. D’un côté existent les mécanismes de réglementation. De l’autre, il est plutôt question de se baser sur le signal des prix et la logique du marché pour amener un changement au niveau des comportements. Cette deuxième catégorie est celle dont y est question ici. Il s’agit de la taxe carbone et de la Bourse carbone.

Au niveau de la taxe carbone, le concept est que le gouvernement fixe un prix par tonne de CO2 équivalent émise. Les recettes générées sont retournées aux contribuables où sont utilisées dans des programmes de transition verte. En Europe, le prix carbone varie entre 10 et 140 $US/t. Selon les simulations et projections, le prix estimé d’ici quelques années devrait monter à environ 100 à 150$/t  Cette augmentation aura un impact significatif sur les projets à forte dépense énergétique. Cet outil permet d’avoir une idée concrète du dynamisme des émissions et est facilement implémentable. 

Le deuxième outil basé sur la théorie des marchés est la Bourse carbone. Au Québec, elle se nomme SPECE pour système de plafonnement et d’échange des droits d’émission. Des droits d’émission de GES sont vendus aux enchères en fonction du plafond d’émissions totales par année. Il est par la suite possible pour les entreprises performantes environnementalement de vendre leurs droits d’émissions à de plus grands pollueurs. La devise utilisée est le crédit carbone. Ce crédit équivaut à 1t de CO2 équivalent. Grâce à son mécanisme particulier, le SPEDE est le seul outil permettant de garantir la réduction du total d’émissions et contrairement à la taxe, il s’arrime plus facilement à des systèmes similaires ailleurs dans le monde.  

Le graphique ci-dessous compare les différentes initiatives internationales sur le prix du carbone. 

Figure 2: McKinsey Global Institute. Comparing carbone pricing across the globe. 2018

Investir dans un marché faible en carbone

Bien qu’on le compare souvent à la Bourse, le SPEDE n’est pas un système adapté pour l’investisseur. Heureusement, les marchés boursiers traditionnels constituent une opportunité concrète d’investir dans un futur faible en carbone.

Depuis plusieurs années déjà, il est question d’intégrer des critères ESG (Environnement – Social – Gouvernance) dans la sélection d’actifs. D’ailleurs ce type d’investissement fait preuve d’une croissance fulgurante. Celle-ci est six fois plus grande pour les produits financiers ESG que dans les produits traditionnels. La firme d’investissement canadienne Brookfield Asset Management Inc. est un leader du domaine. La firme vient d’ailleurs tout juste de lancer le Brookfield Global Transition Fund, le plus gros de fond de la sorte avec une valeur de 7,5 milliards de dollars US.

Cela dit, il existe une manière encore plus directe d’échanger sur le prix du carbone. Il est possible pour un investisseur de vendre ou d’acheter directement des crédits carbone, sans passer par le SPEDE. Présentement le European Climate Exchange, le NASDAQ OMX Commodities Europe, PowerNext, le Commodity Exchange Bratislava et le European Energy Exchange sont les cinq marchés boursiers négociant le prix du carbone. Louis Redshaw, le chef des marchés environnementaux chez Barclays Capital prétend même dans une entrevue avec le New York Times que “Carbon will be the world’s biggest commodity market, and it could become the world’s biggest market overall.” 

La prochaine décennie sera décisive, alors que les décideurs repenseront fondamentalement les infrastructures économiques, nous devons nous engager collectivement sur la mitigation des risques des changements climatiques. Que ce soit par l’engagement ou par l’investissement, toutes les voies sont bonnes.

Références 

Kanter, J. (2007, 06 20). Carbon trading: Where greed is green. The New York Times.

Purdon, D. H. (2014). L’économie politique des systèmes de plafonnement et d’échange de droits d’émission de la Californie et du Québec. La Prospérité durable, 33-35.

McKinsey Global Institute. (2020). Climate risk and response Physical hazards and socioeconomic impacts.

United States Environmental Protection Agency. (2020, 09 9). Understanding Global Warming Potentials. Retrieved from EPA.gov: https://www.epa.gov/ghgemissions/understanding-global-warming-potentials