URIEL MANSEAU-PÉREZ

La reprise économique vue par trois acteurs et son reflet sur les marchés boursiers

La crise économique causée par la pandémie a été d’une envergure sans précédent et cela, à un moment où personne ne s’y attendait. De lourdes conséquences pour les ménages ont suivi, de nouvelles opportunités d’affaires se sont dessinées et des compagnies ont vu leur modèle d’affaires devenu totalement inexécutable. Bref, une période très chaotique pour l’économie mondiale. Dans cet article, j’exposerai comment 3 partis ont réagis à la crise et comment la reprise économique est en train de se façonner pour eux. Des parallèles avec les marchés boursiers seront ensuite faits pour chacun de ces 3 partis.

 

Groupe d’acteurs #1: les entreprises

En septembre 2020, c’était plus de 40% des petites et moyennes compagnies (PME) Canadiennes qui ont vu leur revenu baisser de 20% ou plus, par rapport à la même date un an plus tôt et le tiers avaient eu recours à des mises à pied pour survivre à la crise. Le besoin pour se digitaliser, commercer en ligne et surtout passer au télétravail était plus criant que jamais. Certains secteurs comme la consommation de détail, les services financiers ou encore les technologies de l’information n’ont pas eu trop de difficulté à s’adapter à la nouvelle réalité, mais d’autres secteurs où la distanciation physique est difficile à faire respecter n’ont pas eu la même chance. On pense notamment aux loisirs, à la culture et au tourisme. Voyons maintenant comment cette obligation de se digitaliser et adopter le télétravail a bénéficié à 2 compagnies, et du coup au cours de leur action cotée en bourse.

 

Shopify (SHOP.TO)

Avec la fermeture des commerces, les entreprises n’ont pas eu d’autres choix que de se tourner vers le commerce en ligne pour continuer leurs activités. Shopify, qui permet aux compagnies de créer leur boutique en ligne a vu son chiffre d’affaires exploser durant la pandémie. Les investisseurs se sont réjouis et l’action de Shopify a quasi quadruplé depuis Mars 2020, celle-ci a passé d’environ 500$ CAD à 1900$ CAD, et se transige actuellement aux alentours de 1400$.

Figure 1 : Graphique du cours de l’action de Shopify

 

Zoom (ZM)

Il serait dur d’argumenter le fait que Zoom a été l’un des grands gagnants de cette pandémie. Elle a été la plateforme de choix pour permettre aux employés des entreprises à travers le monde de communiquer tout en restant à la maison. Il n’est pas difficile de comprendre que cette hausse importante d’utilisateurs a contribué à gonfler massivement les revenus de la compagnie, et le prix de son action a aussi suivi. Le cours de l’action a passé d’environ 100$ USD en mars 2020 à un sommet de 600$ USD en octobre 2021 et s’échange actuellement dans les eaux de 350$ USD.

Figure 2 : Graphique du cours de l’action de Zoom

 

Groupe d’acteurs #2 : les ménages

Actuellement, les ménages canadiens ont plus d’argent en banque que jamais. En 2020, c’est 212 milliards de dollars qui sont allés en épargne, soit 12 fois plus qu’en 2019. Deux facteurs peuvent expliquer cette explosion du niveau d’épargne des Canadiens : les mesures d’aide gouvernementales sans précédent et la réduction des dépenses reliées à la consommation. En effet, le confinement imposé a eu un effet important sur le niveau de dépenses des ménages, c’est 68 milliards en moins qu’en 2019 qui ont été dépensés. Cette réduction des dépenses s’est fait le plus ressentir dans les secteurs comme la restauration, l’hôtellerie et le transport. La question à se poser est donc la suivante : que feront les Canadiens avec tout cet argent une fois la crise sanitaire terminée ? Il est impossible de répondre à cette question correctement, mais dûe à la nature anticipative des marchés boursiers, nous pouvons déjà observer ce qu’en pensent les investisseurs. Voici donc deux compagnies dont les investisseurs semblent confiants qu’elles seront bénéficiaires de cette augmentation phénoménale du taux d’épargne et du même coup du revenu disponible des ménages Canadiens.

 

AutoCanada (ACQ.TO)

Comment ne pas penser à une nouvelle voiture lorsque le compte d’épargne le permet et que le voisin vient de s’en procurer une neuve ? Blague à part, les investisseurs sont en train de miser sérieusement sur une augmentation des dépenses automobiles venant de la part des Canadiens. Cet optimisme peut se refléter dans le prix de l’action d’AutoCanada, un des plus importants réseaux de concessionnaires automobiles au Canada avec 69 locations. Il est possible de voir qu’initialement, la peur causée par la COVID-19 avait frappé très fort l’action, qui a passé d’environ 15$ CAD en février 2020 à 5$ CAD au creux de mi-mars 2020. L’action s’est cependant fortement revigorée depuis, et a atteint 38$ CAD il y a de cela quelques jours.

Figure 3 : Graphique du cours de l’action d’AutoCanada

 

Air Canada (AC.TO)

Ah les voyages, ce dont tout le monde rêve en ce moment, mais qui reste très délicat vue la situation sanitaire. La grande question à se poser en ce moment est : quand est-ce que le trafic aérien lié au tourisme retournera-t-il au niveau pré-pandémie ? Certains pensent aussi tôt que 2023 alors que d’autres ne voient pas le retour à la normale avant 2025. Malgré cette incertitude au niveau du Quand, les investisseurs semblent relativement optimistes pour que les compagnies aériennes puissent être capables de générer du profit dans un futur pas si lointain. Cet espoir peut se traduire dans la récente montée du cours de l’action d’air Canada. En effet, quand les premiers vaccins contre la COVID-19 ont été annoncés en novembre 2020 (zone encerclée), cela a été vu d’un très bon œil de la part des investisseurs, l’action d’Air Canada est d’ailleurs en ascension depuis et frôle actuellement les 30$ CAD. J’ai aussi jugé pertinent de présenter le cours de l’action sur un intervalle de temps qui capture les niveaux pré-pandémie. Dans la seconde figure, il est possible d’apprécier la chute monumentale du prix de l’action de plus de 80% en l’espace de 2 mois.

Figure 4 : Graphique du cours de l’action d’Air Canada, intervalle 1: juillet 2020 à aujourd’hui

 

Figure 5 : Graphique du cours de l’action d’Air Canada, intervalle 2: juillet 2019 à aujourd’hui

 

Groupe d’acteurs #3: les gouvernements

La réaction des banques centrales à travers le monde a été la même pour la plupart : une baisse drastique des taux d’intérêts directeurs, et qui va se prolonger dans le temps. En effet, la banque centrale du Canada et la réserve fédérale Américaine (The Fed) ont baissé de façon importante leur taux directeur qui se trouve aujourd’hui à 0,25%. L’objectif d’une telle baisse de taux est de stimuler la croissance économique malgré les effets néfastes de la COVID-19 sur l’économie globale. Des taux plus bas permettent donc aux entreprises et particuliers d’emprunter à des coûts d’intérêt moindres, ce qui a comme effet d’encourager les entreprises à faire de nouveaux investissements ou bien encore de faciliter de grosses dépenses pour les particuliers comme des biens immobiliers par exemple. Par contre, la baisse des taux directeurs a aussi des effets importants sur le marché obligataire, qui devient tout à coup beaucoup moins alléchant pour les investisseurs qui souhaitent obtenir un rendement sans risque. Avec les taux planchers actuels, le grand défi pour les investisseurs est donc de trouver un endroit où placer l’argent qui était auparavant dans les obligations et d’obtenir un rendement acceptable. Cette situation a donc ouvert l’appétit des gestionnaires de portefeuille et investisseurs pour le risque. Voici donc deux graphiques intéressants commentés qui peuvent refléter cette soif pour le risque.

 

Ratio cours-bénéfice historique du S&P 500

Le ratio cours-bénéfice se trouve à être le bénéfice par action d’une compagnie divisé par le prix actuel de l’action de cette même compagnie. C’est donc un point de repère pour évaluer le premium pour lequel les investisseurs sont prêts à payer pour être actionnaires d’une compagnie. Cela dit, une compagnie avec un ratio cours-bénéfice très élevé signifie que les investisseurs sont très optimistes sur la compagnie et croient qu’elle peut encore faire croître ses profits et vice-versa. Voici donc un graphique du ratio cours-bénéfice historique du S&P 500, un indice boursier regroupant les 500 compagnies les plus importantes par capitalisation boursière, listées sur les marchés américains. Il est possible d’observer que les niveaux actuels se rapprochent de ceux observés durant la bulle technologique de 2002, plus communément appelée The Dot-Com Bubble. Des ratios cours-bénéfice très élevés peuvent parfois mener à des baisses drastiques pour les prix des actions des compagnies qui se trouvent incapables de croître leur profit proportionnellement aux attentes des investisseurs. Les régions rectangulaires dans le graphique représentent les périodes durant lesquelles l’économie Américaine était en récession. Vous en ferez l’interprétation que vous voulez, mais un pattern est présent.

Figure 6 : Graphique cours-bénéficie historique du S&P 500

 

Des compagnies technologiques non profitables à des sommets

Les compagnies non profitables dans le secteur technologique ont de grandes attentes dans le marché actuel. Récemment, les investisseurs semblent être prêts à payer des évaluations monstres pour acquérir des actions de ces jeunes et innovantes compagnies, avec l’espoir d’un jour rapporter des profits importants. Pour illustrer, voici l’évolution du prix d’un panier d’actions composé uniquement de compagnies non profitables dans le secteur technologique, listées sur les marchés américains. Sachant qu’aucune compagnie n’a un poids supérieur à 4,65% dans le panier, nous pouvons conclure que ce panier contient donc 22 compagnies au minimum. Le prix du panier a quadruplé en l’espace de 3 ans (janvier 2018 à janvier 2021). Suite à cette montée fulgurante, la question à se poser est : ces compagnies toujours non profitables sauront-elles satisfaire les attentes excessivement élevées des investisseurs ? J’ai déjà ma petite idée.

Figure 7 : Graphique de l’indice de Goldman Sachs des compagnies technologiques non profitables

Conclure que cette reprise économique prend actuellement une forme de K ne serait pas faux. Des secteurs comme la technologie ont hautement bénéficié de la pandémie (trait ascendant du K) et d’autres comme les lignes aériennes en sont sortis perdants (trait descendant du  K). Reste à voir si la tendance se maintiendra. Pour conclure, je vous laisse méditer sur une citation de Warren Buffet qui me semble pertinente, surtout ces temps-ci : Be greedy when others are fearful, and fearful when others are greedy.

 

Références

S&P 500 PE Ratio – 90 Years Historic. MacroTrends [En ligne]: https://www.macrotrends.net/2577/sp-500-pe-ratio-price-to-earnings-chart Consulté le 12 Mars 2021

How Interest rate cuts affect consumers. Investopedia [En ligne]: https://www.investopedia.com/articles/economics/08/interest-rate-affecting-consumers.asp#:~:text=down%20to%20consumers.-,The%20Fed%20lowers%20interest%20rates%20in%20order%20to%20stimulate%20economic,can%20encourage%20borrowing%20and%20investing.&text=On%20the%20other%20hand%2C%20when,growth%20to%20more%20sustainable%20levels.Consulté le 12 Mars 2021

OCDE la reprise économique Américaine bénéficera au Canada. Les affaires [En ligne]: https://www.lesaffaires.com/secteurs-d-activite/general/ocde-la-reprise-economique-americaine-beneficiera-au-canada/623507 Consulté le 12 Mars 2021

Les dépenses des ménages sont au cœur de la reprise. Lapresse  [En ligne]: https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2021-03-11/les-depenses-des-menages-au-coeur-de-la-reprise.php Consulté le 12 Mars 2021

Economic recovery. Investopedia [En ligne]: https://www.investopedia.com/terms/e/economic-recovery.asp Consulté le 12 Mars 2021

Federal funds rate. Bankrate [En ligne]: https://www.bankrate.com/rates/interest-rates/federal-funds-rate.aspx Consulté le 12 Mars 202