Ingérence politique : l’échec du projet d’Hydro One

Le 18 juillet 2017, Hydro One Limited (TSX : H) déposait une offre d’acquisition de 6.7G $CAD à Avista (NYSE : AVA). Après 18 mois d’efforts mis en œuvre par les deux entreprises et des millions de dollars investis dans ce projet, la Washington Utilities and Transportation Commission (UTC) a refusé la transaction en décembre 2018 invoquant une situation d’ingérence politique. Le 23 janvier dernier, les deux entreprises ont officiellement annoncé la fin du projet d’acquisition.

Avec un réseau de transport et de distribution qui lui permet de servir 1.3 millions de clients, Hydro One Limited (TSX : H) est le plus grand fournisseur d’électricité en Ontario.  L’entreprise a enregistré près de 6G $CAD de revenus en 2017 et possède plus de 25G $CAD d’actifs. Anciennement propriété du gouvernement de l’Ontario, elle a fait son entrée en bourse en novembre 2015 avec l’objectif d’obtenir de la liquidité pour réduire la dette de la province tout en s’assurant qu’aucun autre investisseur ne puisse posséder plus de 10% des parts de l’entreprise. Aujourd’hui, le gouvernement de l’Ontario détient un total de 48.9% des parts d’Hydro One.

De son côté, Avista Corporation (NYSE : AVA) est une compagnie américaine qui sert plus de 600 000 clients avec ses services de distribution d’électricité et de gaz naturel. Elle affiche une présence dans les états de Washington, de l’Idaho et de l’Oregon en plus de détenir une filiale en Alaska.  La compagnie a enregistré des revenus de près d’1.5G $US en 2017 et possède plus de 5.5G $US d’actifs.

L’acquisition d’Avista représentait un important point de mire de la stratégie de développement d’Hydro One qui estimait qu’elle apporterait une diversification sur plusieurs régions, économies et juridictions de réglementation contribuant à améliorer la stabilité et le positionnement stratégique de l’entreprise. Toutefois, la grande implication du gouvernement dans la gestion de l’entreprise a mené la Washington Utilities and Transportation Commission (UTC) à refuser cette entente en concluant que celle-ci n’était pas dans l’intérêt du public puisque le gouvernement était prêt à intervenir dans les affaires de la compagnie, pouvant mettre en péril la capacité d’Avista de fournir un service fiable et sécuritaire à ses clients.

L’exemple fourni pour justifier la décision de la UTC est le grand ménage chez les dirigeants d’Hydro One qui a suivi l’entrée en scène de Doug Ford au gouvernement de l’Ontario. En effet, lors de sa campagne électorale au printemps 2018, Doug Ford avait fait d’Hydro One l’un de ses enjeux majeurs, critiquant ouvertement les dirigeants de l’entreprise et promettant une baisse de 12% des factures d’électricité. Après son élection le 7 juin 2018, il avait poursuivi sur sa lancée, affirmant vouloir faire un ménage parmi les cadres de l’entreprise. Le 11 juillet 2018, l’ex PDG d’Hydro One Mayo Schmidt annonçait son départ par suite des pressions du premier ministre ontarien. M. Schmidt a été suivi par tous les autres membres du conseil d’administration qui ont également remis leur démission.

Dans le cadre de l’annulation de l’entente qui a été confirmée le 23 janvier dernier par les deux entreprises, Hydro One devra verser une indemnité de rupture de 103 M$ US à Avista. Pour ce projet, cela s’ajoute à des dépenses déjà enregistrées de 36M $CAD en 2017 et à ce jour 15M $CAD en 2018 pour l’entreprise canadienne.  Il sera intéressant de suivre les conséquences qu’auront cet échec pour Hydro One le 21 février prochain lors de la publication des résultats financiers du quatrième trimestre de 2018 de la compagnie.

 

Bibliographie

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UTC. (16 février 2019). About the Commission. [en ligne]. Disponible: https://www.utc.wa.gov/aboutUs/Pages/overview.aspx

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