Retournement de situation dans le conflit Boeing-Bombardier

Beaucoup d’encre a coulé depuis l’annonce d’une taxe de presque 300% pour la CSeries de Bombardier (TSE: BBD), mais encore une fois, ce conflit réussit à nous surprendre. On apprend maintenant que Boeing (NYSE: BA) envisagerait un partenariat dans le secteur de l’aviation civile avec la compagnie aéronautique brésilienne Embraer (BVMF: EMBR3) [1]. Ce partenariat permettrait à Boeing de compétitionner au duo Bombardier-Airbus avec les trois versions des E-Jets E2 d’Embraer.

En 2002, Boeing s’était entendu avec Embraer sur les termes d’un contrat d’achat de l’entreprise brésilienne. L’acquisition fut toutefois avortée par le gouvernement brésilien, ce dernier désirant garder ce joyau de la couronne et assurer sa division d’avions militaires [2]. Depuis 2012, les deux parties se sont entendues pour collaborer sur différents projets. Or, les discussions récentes entre les deux entreprises pour le E-Jets seraient une preuve selon Bombardier que la CSeries ne livre pas une concurrence déloyale à la gamme d’appareils 737 de l’avionneur américain. Bombardier se justifie: « Plutôt que d’investir afin de développer un nouveau produit, comme l’a fait Bombardier, Boeing envisage de s’immiscer dans un segment par l’entremise de ce qui serait une acquisition de plusieurs milliards de dollars». Rappelons que Boeing a, depuis 2005, cessé la production du 717, soit la seule gamme d’appareils de Boeing semblable à la gamme de Bombardier.

En décembre dernier, Delta Airlines (NYSE: DAL), Boeing et quelques représentants du gouvernement canadien étaient à l’audience de la USITC. Delta estime que lors de celle-ci, Boeing n’a pas été en mesure de répondre à la question suivante : comment aurait-elle pu échapper un contrat pour un avion de 100 à 110 places qu’il ne construit pas? Le transporteur américain renchérit : « Boeing semble vouloir justifier des occasions ratées en évoquant la concurrence étrangère afin de masquer son incapacité à offrir un produit pouvant répondre aux demandes du marché ». De son côté, Boeing se défend en affirmant que la ligne d’assemblage que Bombardier compte implanter en Alabama pour son partenariat avec Airbus n’est qu’une manière de s’extirper des lois commerciales américaines.

Parions que cette histoire est loin d’être terminée et qu’il est fort possible de découvrir d’autres vices cachés en attente de la prochaine audience en février.

Bibliographie

[1] La Presse Canadienne (2018, 8 janvier). Plainte de Boeing: Bombardier riposte en s’appuyant sur Embraer. Consulté le 11 janvier 2018 depuis http://www.lesaffaires.com/bourse/nouvelles-economiques/plainte-de-boeing-bombardier-riposte-en-s-appuyant-sur-embraer/599724

[2] GATES, Dominic (2018, 11 janvier). Boeing’s bid to buy Embraer could see Brazilian engineers work on the 797. Consulté le 11 janvier 2018 depuis https://www.seattletimes.com/business/boeing-aerospace/boeings-bid-to-buy-embraer-could-see-brazilian-engineers-work-on-the-797/

Laisser un commentaire