Analyse de firme : Eli Lilly

Eli Lilly (NYSE:LLY) est une firme pharmaceutique d’échelle qui dégage plus de 80% de ses revenus dans la vente de produits biopharmaceutiques (figure 1). On remarque une baisse de cette proportion des revenus de 4% et de 6% en comparaison à celles observées pour l’année 2014 et 2013 respectivement [1].

STRUCTURE

En se rapportant au positionnement récent de PolyFinances sur le marché du diabète par l’achat d’actions du leader mondial dans cette branche, Novo Nordisk, on souligne qu’Eli Lilly est actuellement en quatrième position au niveau des revenus sur ce marché. Pour la firme en soi, ce segment représente le quart de leurs chiffres d’affaires en 2015 [1]. Ensuite, la dimension géographique des revenus se scinde en quatre régions principales où les États-Unis demeurent le marché principal. On remarque cependant une baisse de croissance sur trois ans de 1.76% pour cette région tandis que celle des pays émergents s’élève à plus à 13.32% [1].

Tableau 1:Répartition des revenus par région géographique en 2016

Région géographique Revenus 2015 (G$) Croissance 3 ans
États-Unis 10.1 – 1.76 %
Europe 3.94 + 0.19 %
Japon 2.03 – 2.52 %
Autres régions 3.88 + 13.32 %

DYNAMIQUE

En soi, la firme ne fait ni bonne ni mauvaise figure depuis quelques années d’un point de vue croissance en comparaison aux autres Big Pharmas. En fait, ce qui semble le plus marquer est sa consistance au niveau de sa performance réservée et l’attribution d’un haut pourcentage de leurs revenus attribué à la R&D. En moyenne, les firmes ayant le statut de Big Pharmas, malgré un besoin criant de médicaments phares et un taux d’approbation instable de la FDA, dépensent en moyenne 15% de leurs recettes en R&D [1]. En 2015, pour Eli Lilly, les dépensent en R&D seulement représentaient 24.03 % de leurs revenus annuels [1]. Il est rassurant de voir une firme concentrer ses efforts sur ce que l’on pourrait considérer les fondamentaux d’une telle industrie. Il est intéressant maintenant de s’interroger sur les motifs d’une telle allocation des revenus : serait-il une stratégie de valorisation de la firme pour une éventuelle acquisition par un plus gros joueur ou purement pour se positionner comme leader en développement biopharmaceutique ? On souligne de plus que la majorité des efforts en R&D mis de l’avant par la firme se rapporte à la cancérologie et au diabète soient la troisième et la quatrième classe thérapeutique respectivement qui seront le plus demandé dans les pays émergents d’ici 2018 selon l’IMS [2]. Ceci n’est pas une coïncidence puisque que l’accaparement de parts des pharmerging markets est une partie intégrale du plan stratégique de la firme pour les années à venir. M. Chito Zulueta, président de la branche des marchés émergents chez Eli Lilly, a affirmé qu’il est crucial d’alimenter leur présence au sein de ces marchés pour « maintenir une croissance profitable et consistante » [3] [traduction libre].

CONTEXTE

Les marchés émergents sont prometteurs de croissance pratiquement exponentielle pour les années à venir, mais ceci vient avec un coût : un haut facteur d’imprévisibilité. Un exemple d’actualité et qui risque de continuer à refroidir les ardeurs des pharmaceutiques envers ces marchés est la force du dollar américain et conséquemment la faiblesse de plusieurs devises étrangères. L’an dernier, la dévaluation du bolivar vénézuélien à lui seul aura fait son lot considérable de dommage. Novartis (VTX : NOVN) reportait des pertes de 337 M$ additionnelles pour le quatrième trimestre, Sanofi reportait une perte totale d’environ 276 M$ et Pfizer aura vu chuter ses bénéfices par action de 0.07$ [4]. Pour 2016, Pfizer prévoit même des pertes additionnelles de 800 M$ dû à la situation vénézuélienne seulement [4]. Cependant, on se doit de relativiser ces pertes aux gains que ces marchés auront engendrés et surtout aux objectifs à long terme s’y rapportant. On appelle tout de même à un cran de prudence pour le moment.

Ensuite, spécifiquement au marché biopharmaceutique chinois, qui représente le second en importance mondialement pour environ 115 G$, il existe un enjeu de délai d’approbation qui ralentit grandement son expansion [5]. Concrètement, une fois qu’un médicament est approuvé aux États-Unis, il peut s’écouler plus de cinq années avant qu’il puisse aussi l’être en Chine, soit pour être approuvé par la FDA chinoise. On peut envisager des ententes de standardisation des mécanismes de régulation ou du moins la mise sur pied de processus facilitant le transfert entre la FDA américaine et la FDA chinoise du travail accompli pour un médicament donné.  D’un autre côté, la FDA chinoise déploie son lot d’efforts pour accroitre la sécurité et la standardisation de l’industrie des médicaments génériques au sein du pays. Ceci affectera les coûts des producteurs locaux et pourrait faciliter l’entrée des Big Pharmas commercialisant en majeur parti leurs formules originales.

Conclusion

En somme, il sera intéressant d’observer l’évolution de la firme tout au long de l’année 2016 qui s’annonce pour être charnière pour l’industrie. On surveille de plus près les annonces de fusions-acquisitions qui auront marqué l’année 2015 par leur nombre et leur implication fiscale potentiellement sujets à plus de régulation, tout comme le libre cours actuel de la tarification des médicaments. Eli Lilly se démarque pour l’instant par son pourcentage des revenus attribués à la R&D et son désir féroce de pénétrer les marchés émergents situés notamment en Chine, au Brésil et en Inde.

Bibliography

[1] Terminal Bloomberg, 2016.
[2] IMS Institute for Healthcare Informatics, « Global Outlook for Medicines Through 2018, » Parsippany NJ, 2014.
[3] Forbes, « An Inside Look At Eli Lilly And Company’s Emerging Markets Strategy, » 11 05 2015. [Online]. Available: http://www.forbes.com/sites/medidata/2015/05/11/an-inside-look-at-eli-lilly-and-companys-emerging-markets-strategy/#5d1c92f41056.
[4] T. Staton, « How Venezuela’s meltdown delivered a mega-hit to Big Pharma: Reuters, » 07 03 2016. [Online]. Available: http://www.fiercepharma.com/story/how-venezuelas-meltdown-delivered-mega-hit-big-pharma-reuters/2016-03-07.
[5] E. Lane, « Price pressure on drug sales in China accelerates in 2016, » 09 03 2016. [Online]. Available: http://www.fiercepharmaasia.com/story/price-pressure-drug-sales-china-accelerate-2016/2016-03-09.
[6] D. Garde, « Lilly considers taking the plunge on a next-gen GLP-1 drug for diabetes, » 01 02 2016. [Online]. Available: http://www.fiercebiotech.com/story/lilly-weighs-whether-take-plunge-next-gen-glp-1-drug-diabetes/2016-02-01.

 

 

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